Les meules à charbon

Deux meules à charbon ont été construites avec l'aide des charbonniers de l'Ecomusée d'Alsace, Roger Feder et Paul Grosz. Elles ont été édifiées, en mai 1996, à un kilomètre au nord du village de Lajoux, sur la rive de l'étang des Beusses; la première était constituée de 30 stères de hêtre et la deuxième de 15 stères d'épicéa. Du bois de petit diamètre fut utilisé pour caler les quartiers et façonner du bois d'allumage.

Le sol constitué de groise assez fine a pu accueillir les meules sans autre matériau supplémentaire. La première opération a consisté à marquer la surface au sol des meules, en déterminant le centre de la place puis en traçant la circonférence. La meule de hêtre avait environ 8 m de diamètre, celle de sapin 6,4 m.
L'ouvrage commença par le montage de la cheminée centrale au moyen de rondins de 20 cm de diamètre. La cheminée forme un carré d'un mètre de côté. Une colonne vide de 20 cm de côté est créée et s'élève à mesure que l'on empile les bois. L'angle avec lequel on adosse les bois contre la cheminée détermine la forme générale de la meule, aux flancs plus ou moins pentus. Par élargissements successifs de chacun des deux étages, la meule a pris son volume entier. Tout autour de la dernière rangée de quartiers de bois, des rondins ont été couchés sur le sol, légèrement surélevés par des rondins plus petits d'environ 10 cm de diamètre. Ils devaient par la suite former la base de la couverture de terre et permettre l'installation d'évents.

La meule a ensuite été recouverte d'une couche de paille puis d'une couche de terre qui la rend étanche à l'air, afin que la carbonisation puisse s'effectuer, sans quoi le bois brûlerait. La paille empêche la terre de couverture de se mélanger au bois. Par la suite, elle est consumée. Pour la deuxième meule, on utilisa des branches de sapin au lieu de paille. 
Un feu a été allumé dans la cheminée et celle-ci fermée hermétiquement. La fumée est alors sortie par les évents disposés sur le pourtour de la meule, à environ un mètre au-dessus du sol, et par les espaces libres laissés entre les rondins cerclant le fond de la meule. Par la suite, d'autres évents ont été ouverts, pour faciliter le tirage. Toutes les deux heures, les charbonniers se sont relayés pour ouvrir le couvercle et verser du bois, cela durant les trois premiers jours de la carbonisation. La meule ayant entamé le processus, elle perd du volume. Il faut alors la tasser régulièrement.
Des sondes de température (thermocouples) placées à différentes hauteurs ont révélé une température maximale de 680 degré à l'intérieur de la meule. Les charbonniers étaient attentifs à la couleur et à la température de la fumée. Lorsque celle-ci bleuissait et devenait très chaude, ils en concluaient que le charbon était prêt sur la partie supérieure. On pouvait ainsi en prélever une certaine quantité.
On retire alors la terre sur une partie de la meule du haut en bas, comme si on coupait une tranche de kugelhof. On ratisse ensuite le charbon jusqu'à ce qu'on arrive sur les « incuits », les bois non encore carbonisés, ou sur des braises. Puis on rebouche le tout et on ouvre un autre secteur de la meule, ainsi de suite jusqu'à ce qu'on en ait fait le tour. Le soutirage de la plus grande partie du charbon a été effectué de nuit, afin de pouvoir identifier facilement les parties encore incandescentes.
Les deux meules ont permis de récolter 4 tonnes de charbon, dont on a rempli 180 sacs d'une contenance de 50 litres. Les sacs pesaient environ 24 kg pour le charbon de hêtre et 18 kg pour le charbon de sapin. Ceux-ci ont été ensuite convoyés à Boécourt, sur le site des bas fourneaux.