Descriptions des usines vers 1800

Il est intéressant de consulter les écrits publiés lors du tournant important qu'a pris l'industrie du fer à cette époque. On remarque les différences d'intérêt et de sensibilité des auteurs.

Théophile-Rémy Frêne, Journal de ma vie (1785)
Un autre fils de Mr le maire Périnat (Courrendlin) a été nouvellement établi directeur de la forge de Bellefontaine avec appointements de 600 lb de Bâle, à la place de Mr Migy Cadet, qui se retire chez le conseiller son frère à Undervelier comme commis. Le Prince a aussi nommé Mr le receveur Rebeté directeur de la fonderie de Courrendlin à la place de Mr Bury, qui se retire assez disgracié à Delémont.
Philippe Bridel, Course de Bâle à Bienne par les vallées du Jura (1789)
Fonderies à Courrendlin : Ce contraste d'eaux écumantes qui meuvent de nombreux rouages, et de flammes qui, couronnant d'immenses fourneaux, s'échappent comme du cratère d'un volcan : ce mélange de bruit, de lumière et de chaleur, l'activité des opérations et la singularité des procédés nécessaires pour procurer ce métal, auquel nous devons la plupart de nos biens et de nos maux, suivant que l'agriculteur ou le soldat l'emploient, font de cette usine un spectacle bien intéressant.
Rodolphe Hentzy, Promenade pittoresque dans l'Evêché de Bâle (vers 1790)
Forges d'Undervelier : En y entrant, je fus frappé du bruit étourdissant des marteaux et du sifflement aigu des soufflets de cet atelier enflammé. Des forgerons presque nuds, et comme autant de salamandres, plongés dans un torrent d'étincelles, étaient occupés à séparer, purifier et façonner de lourdes masses triangulaires de fer brut, amené des fonderies de Courrendlin. Consumés au milieu d'un atmosphère igné, les visages des forgerons ne sont plus des faces humaines. Ce sont des masques hideux, tels que ceux des démons de l'opéra. Rouges, enflammés et couverts de sueur, les yeux hors de la tête, la langue et le gosier desséchés, ils maniaient ces masses étincelantes avec les bras nerveux et nuds, sur lesquels on aurait pu étudier la Myologie, à travers une peau ou plutôt un parchemin couleur de suie.

François-Joseph Guélat, Journal (1794)
A l'égard du mandat d'arrêt de Joseph-Guillaume Périnat, directeur des forges de Bellefontaine, le comité ne l'avait donné qu'à l'instance de la société populaire et du district, suivant l'aveu qu'un de ses membres en avait fait. Tous les autres chefs d'accusation, qui étaient au nombre de sept, sont tombés au néant.
Bridel Philippe, Voyage pittoresque de Basle à Bienne, Birmann Pierre (1802)
Martinet de Roches : une forge de la plus simple construction, dont la fumée a noirci le comble,  et dont les eaux blanchissent le pied, après avoir mis en action les rouages placés à l'extérieur. Cette forge communique au grand chemin, qui en est séparé par la rivière, au moyen d'un mince pont de bois... Malgré le jeu des rouages, le bruit des marteaux et le fracas du torrent, on éprouve, en contemplant ce charmant site, je ne sais quel sentiment de calme, de paix et de sécurité.
Peuchet et Chanlaire, Description topographique de la France, Département du Haut-Rhin (1810)
MM. Meiner et Bornèque, propriétaires de l'usine de Bellefontaine, ont traité avec M. Boutet, directeur de la manufacture d'armes à Versailles, pour la fourniture des fers servant à la confection de l'armement de la garde impériale, ce qui prouve la qualité supérieure du fer de Bellefontaine.
Charles-Ferdinand Morel, Abrégé de l'histoire et de la statistique (1813)    
Il y a trois hauts fourneaux dans le ci-devant Evêché, celui de Bellefontaine, et ceux d'Undervelier et de Courrendlin. Ces établissements fournissent vingt-trois milliers de quintaux de fonte par an, et occupent près de sept cents ouvriers. On fabrique à Bellefontaine une excellente tôle, des marmites et poëllons; à Undervelier de l'acier qui est reconnu de la meilleure qualité, et supérieur à celui du Tyrol; à Courrendlin des faux et des faucilles. On en fabrique pareillement à l'usine de la Reuchenette, où il y a feu de forge et affinerie. On fait à Frinvillier de la tôle, des instruments aratoires et de gros ouvrages de fer. A Boujean il y a une tirerie de fil de fer, deux feux de forge et un martinet. Il y a aussi un petit martinet sur le torrent dans le val de Saint-Imier. Le fer de ces différentes usines passe en grande partie en Suisse et fait une des principales branches de commerce d'exportation de ce pays. Il y a aussi sur plusieurs points de l'Evêché de petits ateliers de clous, de râpes et de boucles, et leurs produits passent également au dehors.
Désiré Raoul Rochette, Lettres sur la Suisse (1824)
Plus tard, l'industrie vint donner à ce pays une physionomie nouvelle. Le fer, qui abonde dans les montagnes du Jura, en grains gros, durs et luisants, est devenu, surtout dans les gorges de Moutier, l'objet d'utiles exploitations. On trouve de belles fonderies à Courrendlin, aux bords de la Birse. On rencontre le Martinet-de-Roche, dont les fabriques se groupent si bien avec les rochers couverts de mousse et couronnés de bois, qu'elles semblent avoir été construites tout exprès pour la composition du paysage.