Edito du numéro 131 de généalogie jurassienne – octobre 2026

La solitude du président

Permettez-moi, aujourd’hui, de vous parler d’un phénomène bien connu dans la vie associative : la solitude du président. C’est un phénomène discret, mais très répandu. On le reconnaît facilement : il apparaît, entre autres, après une assemblée générale réussie, lorsque les cotisations sont payées, que tout le monde a souri, que chacun a dit « merci pour tout » … alors le président se retrouve seul avec son agenda, ses courriels, les clés de la salle, une dizaine de messages non lus, plusieurs urgences imaginaires… et tout le monde a mystérieusement disparu jusqu’à l’année suivante.

Bien sûr, tout cela fait partie du bénévolat, et nous le faisons avec plaisir. Mais il faut aussi le dire avec le sourire : une association ne fonctionne pas toute seule. Elle ne tourne pas uniquement grâce à une personne équipée d’un classeur, d’un téléphone portable, d’une bonne machine à café et d’une capacité surnaturelle à répondre « oui, je m’en occupe » avant même d’avoir compris la question. À ce rythme-là, le président finit par devenir une sorte de couteau suisse associatif : pratique, disponible, parfois un peu usé, mais toujours dans la poche de quelqu’un.

Alors, aujourd’hui, je ne vais pas vous demander l’impossible. Je ne vais pas non plus distribuer des contrats d’engagement à vie, ni installer un détecteur de bénévoles aux sorties des séances — même si l’idée mérite réflexion. Je vous invite simplement à franchir un petit pas : lorsque vous entendez cette phrase familière « il faudrait que quelqu’un s’en occupe », prenez une grande respiration et demandez-vous si, par un heureux hasard, ce quelqu’un ne pourrait pas être vous. Rassurez-vous, dire oui une fois ne
provoque généralement ni perte de cheveux immédiate, ni transformation en membre du comité.

Parce qu’au fond, le plus beau dans une association, ce n’est pas seulement ce que le comité ou le président organise. C’est ce que nous construisons ensemble. Et si chacun apporte un peu, alors personne ne porte tout — et le président pourra peut-être, un jour, venir à une séance sans repartir avec une nouvelle liste de tâches plus longue que celle qui vient d’être résolue. Merci à toutes et à tous pour votre présence, votre soutien… et, je l’espère, pour vos futurs coups de main. Promis, le gâteau sera encore meilleur si nous sommes plus nombreux à les mériter.

Joël Etique